En marge des assises nationales du tourisme : Entretien avec…François Vellas Professeur en économie du tourisme à l’Université de Toulouse 1

François Vellas est un expert français dans le domaine du tourisme. Il est professeur en économie du tourisme à l’Université de Toulouse 1.  Il fait partie des  experts sollicités lors des assises nationales du tourisme qui se poursuivent au Palais du Peuple depuis lundi dernier sous l’égide du ministère délégué au commerce. Le professeur François Vellas a aussi crée plusieurs revues internationales axées sur le développement du tourisme, il a écrit une multitude de livres sur ce secteur d’activité et a aidé de nombreux pays à mettre en place des plans de développement de leur secteur touristique. Il a bien voulu répondre à nos questions sur  les tenants et aboutissants de ces assises.

« Faire émerger un modèle de tourisme djiboutien »

La Nation :- M. François Vellas, vous êtes un spécialiste de l’économie du tourisme. Vous participez aux travaux des assises nationales du tourisme. Comment se déroulent-elles  et quels sont leurs tenants et aboutissants ?

En marge des assises nationales du tourisme : Entretien avec…François Vellas Professeur en économie du tourisme à l’Université de Toulouse 1

François Vellas :- Les assises nationales du tourisme sont un évènement très important parce qu’ils  arrivent à un bon moment qui coïncide avec une transformation du tourisme mondial.  Nous avons maintenant de nouveaux acteurs de ce tourisme mondial : les compagnies low cost,  Air bnb, c’est-à-dire  les sites internet qui font que les touristes réagissent de façons différentes lorsqu’ils choisissent une destination. En même temps Djibouti vient d’être classée 4e destination à voir absolument en 2018 par le guide lonely planet, lequel est très important au niveau mondial et particulièrement dans les pays anglo-saxons. Donc les assises du tourisme ont pour but de traduire cette image très positive de Djibouti en réalité économique pour suivre la « Vision 2035 »  qui a placé le tourisme comme un des  piliers de l’économie du pays. Et pour cela il faut réunir tout le monde.  Il faut réunir les banquiers. Nous avons eu un atelier sur le financement du tourisme. Il faut réunir les formateurs. Nous avons eu aussi un atelier sur la formation touristique. Il faut réunir également tous les professionnels du tourisme.   Parce que ce sont eux qui invertissent et qui  vont répondre à la demande des touristes. Or dans ces assises, on a fait une constatation, ce qu’il y a une insuffisance  de ce qu’on appelle en économie  du tourisme, des produits touristiques, c’est-à-dire  des forfaits et une multitude de choix. Et dans ces assises, on essaie de voir que peuvent être les nouveaux produits touristiques qui peuvent être développés à Djibouti  et qui vont répondre à cette demande existante. Il faut qu’il y ait  à l’intérieur de ce pays une réponse à cette demande. Lors des assises, nous avons vu que l’obstacle n’est pas financier. Parce que les banquiers nous ont rassurés que s’il y avait de bons projets dans ce domaine les financements étaient là.  Il est indispensable donc que les professionnels du secteur  augmentent leur offre mais aussi attirent les jeunes et les forment  car la formation permet de passer d’une idée à la réalité concrète du tourisme.

Quels sont les vrais atouts de Djibouti en matière touristique ? Est-ce qu’il ya des domaines qui ne sont pas très bien exploités et dans lesquels il faudra investir dans les années à venir ?

C’est exactement l’objet de ces assises, c’est-à-dire de voir quels sont les obstacles. Les obstacles on les connaît. Ce n’est pas parce qu’on les connaît  qu’on les résout. Parmi  ces obstacles, il y a la question de l’accès à Djibouti, notamment l’accès aérien. Rappelons qu’il y a eu déjà un développement : la compagnie Turkish Airlines est arrivée, Qatar Airways aussi, mais il est nécessaire d’attirer de plus en plus de transporteurs aériens pour que l’accès soit facilité à Djibouti. Aussi, le transporteur national, Air Djibouti, peut développer   un réseau régional pour faire venir les touristes à Djibouti. Donc le premier obstacle à solutionner est celui aérien. Concernant les atouts touristiques de Djibouti, si lonely planet l’a placé comme destination à voir absolument, ce n’est pas par hasard,  parce qu’ils sont venus à Djibouti et ils ont vu qu’ils y avaient des avantages dans ce pays. Des paysages uniques, des ressources naturelles principalement  de la mer, des lacs, la faille notamment  qui sont uniques ou quasi unique. Et tout ça il faut le faire connaître. C’est l’objet de l’ONTD qui est l’organisateur de ces assises sous la houlette de son ministère de tutelle.  Il s’agit de voir comment on peut faire des promotions sur les atouts touristiques de Djibouti.

A l’issue de ces assises un document sera publié certainement. Comment voyez-vous l’avenir du tourisme à Djibouti?

Comme le dit la « Vision 2035’, le tourisme doit être le cœur du développement de Djibouti. Ce n’est pas seulement le secteur café  hôtel restaurant, réceptif, agence de voyage, mais ça doit être tous ceux qui concourent au développement du tourisme. C’est par exemple l’agriculture, le commerce, les autres services, la santé  etc… Le tourisme de ce point de vue là doit être le catalyseur du développement touristique. Par ailleurs, ce qui est recherché à travers ces assises est de faire émerger un modèle de tourisme djiboutien. D’après les premières discussions, il va être centré sur les ressources naturelles, mais aussi sur la culture et l’environnement. C’est pour cela que ces assises s’appellent « les assises sur le  développement   du tourisme durable à Djibouti ». Depuis longtemps, il y a des études internationales qui sont faites à Djibouti et qui apportent à la réflexion et qui apportent beaucoup souvent des recommandations. Mais il y a un moment où il faut passer au concret.   Et le concret c’est faire du tourisme une priorité en pour Djibouti. Il faut combiner le financement national et international. Il faut financer aussi des campagnes  promotionnelles de Djibouti, investir sur les PME et TPE. Pour cela, il faut miser aussi sur la formation qui est la clef de voûte de toutes ces campagnes. Dans ce sens  le Sunny Hill center ,  le centre de formation en hôtellerie d’Arta est un progrès très important qui est basé sur un partenariat public-privé. Et après ces assises, la balle est dans le camp des acteurs qui doivent conjuguer leurs efforts en vue d’assurer un réel décollage de ce secteur.

http://www.lanationdj.com/en-marge-des-assises-nationales-du-tourisme-entretien-avecfrancois-vellas-professeur-en-economie-du-tourisme-a-luniversite-de-toulouse-1/

Propos recueillis par Kenedid Ibrahim 

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